Hors cadre

Rococoming out

Chaque époque produit son propre académisme, celui d’aujourd’hui n’est sans doute pas celui d’hier et l’ironie des cycles voit l’avant-garde la plus révolutionnaire finir par incarner la norme la plus ennuyeuse. Que le dépouillement, le minimalisme de De Stijl soient devenus un standard si ordinaire a de quoi déconcerter. La volonté d’en finir avec le baroque, idée très pertinente en son temps, a probablement du plomb dans l’aile un siècle plus tard, quand la simplicité des lignes et l’économie des couleurs se sont transformées en concept vendu sous toutes les formes. De la même façon, le dispositif d’exposition courant avec ses murs blancs, ses sobres encadrements ou, mieux encore, son absence d’encadrement, mérite, à tout le moins, une petite remise question. À force, ce bon goût non négociable et sans risque flirte, à son insu, avec le design low cost qui colonise nos intérieurs.

Partant de ce constat, la tentation est grande de céder au plaisir des dorures, des piédouches et des artifices de présentation que le white cube nous a fait perdre de vue. Le retour des murs rouges et des cadres dorés est le manifeste d’un pastiche assumé entre hommage appuyé et parodie légère à la manière d’un western spaghetti s’emparant des codes d’un genre. Sans être une posture, cette démarche questionne la notion si changeante du goût universel. Elle reste un jeu et une tentative de revisiter avec une main et un œil contemporain les plus éternelles thématiques parfois culbutées par l’air du temps. La fraîcheur exquise des scènes intimes de Boucher et Fragonard présente tous les ingrédients d’un parfait reconstituant en ces périodes de rigueurs et de cloisonnements multiples. Leurs colorations aimables et chatoyantes à dessein subliment des courbes qui soulagent des raideurs de l’équerre. Les draps à l’abandon où s’écrasent des coussins blancs, nacrés comme des conques, forment d’étranges entrelacs semblables aux découpages des régions d’une carte de géographie qui nous invitent au voyage. Habitées de nobles et généreuses chairs, ces compositions du chevauchement de l’étoffe subjuguent les pupilles contractées par le manque des cimaises.

L’enchantement que me provoque la légèreté caractéristique de ces œuvres du XVIIIème est à l’origine de cette nouvelle suite de pastels et de sculptures. Le rococo parfois injustement considéré comme le fils maudit du baroque et la mère indigne du néo-classicisme souffle pourtant un vent de fantaisie entre deux périodes particulièrement solennelles. La frivolité me semble aujourd’hui le meilleur parti à prendre pour esquisser un précis de recomposition.

Thomas Verny

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