PERSONNE

Le titre de l’exposition « Personne », « Nadie » en espagnol, fait allusion au nom qu’Ulysse choisit pour tromper Polyphème. Ainsi, quand les cyclopes entendent ses cris et viennent à son aide, Polyphème, qui vient d’être aveuglé par Ulysse avec un pieu, leur répond qu’il ne peut pas voir et que « Oûtis » (Personne) n’est coupable ; de sorte que ses compagnons comprennent que sa cécité est due à son ébriété ou à la fièvre et s’éloignent, ce qui facilite la fuite d’Ulysse et de ses hommes. Le jeu de mot Odusseús(Ulysse)-Oûtis(Personne) transmet une idée de confusion, un double-sens qui s’avère être une arme puissante aux mains du personnage homérique. Dans le travail du peintre intéressé par la représentation, cette ambigüité des termes est aussi pour lui le fil du rasoir. Matisse avouait son peu d’intérêt pour les échecs car il se jugeait incapable de jouer avec des signes qui ne changent jamais. Dans le dessin et la peinture, les choses sont, et ne sont pas, ce qu’elles paraissent ; tous les signes sont tangibles. En ces temps où le Monde est rempli de Polyphèmes au regard unidirectionnel, aux arguments sans nuances, nous pouvons encore nous déguiser avec la peau anonyme de Personne et sortir de la cave.

Curro González

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